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Convocation entretien préalable transport marchandises

IDCC 0016 — Transport routier de marchandises et activités auxiliaires

Par Farid Zidani, Directeur juridique · Mis à jour le 14 juin 2026

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Dans le transport routier de marchandises, la convocation à l’entretien préalable ouvre souvent un dossier déjà lourd : données chronotachygraphe, temps de conduite, consignes d’exploitation, véhicule, carte conducteur, parfois accident ou refus de mission. Le formalisme reste celui du Code du travail, mais le risque probatoire est plus élevé que dans un bureau. Un grief routier mal documenté se retourne vite contre l’employeur, surtout si l’organisation des tournées a contribué au problème.

La convocation n’est donc pas un simple courrier de procédure. C’est la première pièce datée du licenciement envisagé. Elle fixe le calendrier, le droit d’assistance du salarié et, le cas échéant, la mise à pied conservatoire. Le reste du dossier doit être prêt avant l’entretien, même si tous les griefs ne sont pas détaillés dans la lettre.

Ce qui change avec le transport de marchandises

Le délai légal, lui, ne change pas. L’entretien ne peut pas avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre contre décharge. Le jour de présentation ne compte pas, le jour de l’entretien non plus. Le samedi compte comme jour ouvrable, sauf jour férié ou chômé dans l’entreprise.

Ce qui change, c’est la matière du dossier.

  • Un conducteur peut être mis en cause pour un dépassement de temps de conduite, un repos non respecté, une anomalie chronotachygraphe, un défaut de carte conducteur ou une consigne de sécurité ignorée.
  • L’employeur doit vérifier sa propre organisation : planning réaliste, consignes données, temps de chargement, pression commerciale éventuelle, marge laissée au conducteur pour respecter les temps de repos.
  • Le règlement (CE) n° 561/2006 encadre les durées de conduite, les pauses et les repos. Il vise directement la sécurité routière et les conditions de travail. Dans un dossier disciplinaire TRM, cette couche réglementaire pèse dans l’analyse.
  • Le salarié peut être roulant, rarement présent au siège au bon moment. La date, l’heure et le lieu de l’entretien doivent être choisis avec sérieux, sans fabriquer une convocation impossible à honorer.

Le point sensible est là : sanctionner un conducteur pour un manquement routier suppose de pouvoir montrer que le manquement lui est imputable. Si le planning rendait le respect des temps de conduite intenable, la convocation ouvre un dossier fragile.

Mentions à verrouiller dans la convocation

La convocation doit comporter les mentions classiques, sans créativité inutile :

  • l’objet de l’entretien : l’employeur envisage un licenciement ;
  • la date, l’heure et le lieu de l’entretien ;
  • la possibilité pour le salarié de se faire assister ;
  • en l’absence de représentants du personnel, les coordonnées permettant de consulter la liste des conseillers du salarié ;
  • le mode de remise : lettre recommandée avec avis de réception ou remise en main propre contre décharge.

Dans une entreprise de transport, il faut aussi soigner les détails pratiques. Un lieu d’entretien au siège est possible, mais il doit rester cohérent avec l’organisation réelle du salarié. Un conducteur en tournée longue distance doit recevoir une date compatible avec le délai légal et avec un minimum de préparation. À défaut, l’employeur donne lui-même l’angle d’attaque : le salarié dira qu’il n’a pas pu organiser son assistance ou préparer ses explications.

Ne pas plaider tout le dossier dans la lettre

La convocation indique que le licenciement est envisagé. Elle n’a pas vocation à devenir une lettre de licenciement avant l’heure. Exposer trop précisément les griefs dans la convocation peut raidir inutilement le dossier et créer des incohérences avec ce qui sera discuté à l’entretien, puis éventuellement retenu dans la lettre de licenciement.

La bonne pratique consiste à rester sobre dans la convocation, puis à préparer un dossier interne beaucoup plus complet :

  • extraction chronotachygraphe ;
  • feuilles d’activité ou relevés horaires ;
  • ordre de mission, planning, consignes d’exploitation ;
  • échanges avec l’exploitation ou le client ;
  • historique des alertes et sanctions antérieures ;
  • éléments sur le véhicule, le chargement, les pauses et les repos.

Ce dossier sert à conduire l’entretien. Il permet d’exposer les motifs envisagés et de recueillir les explications du salarié, comme le prévoit l’article L1232-3 du Code du travail. Il servira aussi à rédiger la lettre de licenciement si la décision est maintenue.

Mise à pied conservatoire : prudence renforcée

Dans le TRM, la mise à pied conservatoire peut être tentante après un incident grave : alcoolémie, violence, manipulation du chronotachygraphe, mise en danger, refus caractérisé d’une consigne de sécurité. Elle peut être notifiée dans la convocation ou par un écrit séparé.

Il faut toutefois garder la logique juridique : la mise à pied conservatoire suspend le contrat dans l’attente de la décision finale. Elle suppose que le maintien du salarié dans l’entreprise soit impossible pendant la procédure. Elle ne doit pas servir à écarter mécaniquement un conducteur dès qu’un différend apparaît avec l’exploitation.

Le point de vigilance est financier. Si la faute grave n’est finalement pas retenue, ou si la mesure était disproportionnée, les jours de mise à pied peuvent redevenir dus. Autant que faire se peut, la décision doit être motivée par un risque concret : sécurité, véhicule, clients, récidive, impossibilité de confier une mission.

Calendrier disciplinaire

Lorsque le licenciement envisagé est disciplinaire, le calendrier se resserre. L’employeur doit engager la procédure dans les deux mois à compter du jour où il a connaissance des faits fautifs. Après l’entretien, la lettre de licenciement ne peut pas être envoyée avant deux jours ouvrables. En matière disciplinaire, elle doit être notifiée au plus tard dans le mois qui suit l’entretien.

En pratique, un dossier TRM impose souvent une étape de vérification avant la convocation : récupérer les données, comprendre la tournée, identifier qui a donné quelle consigne, isoler ce qui relève du conducteur et ce qui relève de l’organisation. Cette vérification doit aller vite. Attendre trop longtemps pour “voir plus clair” peut faire perdre la main sur le délai disciplinaire.

Points de vigilance employeur

Première présentation de la lettre. Le délai de cinq jours part de la première présentation de la lettre recommandée, pas de la date d’envoi. Si le salarié est absent, le calendrier doit être recalculé proprement.

Assistance du salarié. En l’absence de représentants du personnel, la convocation doit mentionner la possibilité de recourir à un conseiller du salarié et indiquer les adresses utiles. Oublier cette mention suffit à créer une irrégularité de procédure.

Griefs routiers. Un dépassement de temps de conduite, une anomalie de pause ou un incident de chargement ne se traite pas comme un simple retard administratif. La preuve doit être lisible, sourcée et reliée au salarié.

Organisation de l’entreprise. Le dossier doit montrer que l’employeur n’a pas lui-même poussé le conducteur à l’infraction. Beaucoup de dossiers transport oublient ce point, alors qu’il pèse lourd devant le conseil de prud’hommes.

La convocation ouvre le chemin vers le licenciement, mais elle ne sauvera pas un dossier mal préparé. Pour un conducteur TRM, la qualité du calendrier compte autant que la qualité de la preuve. Les deux doivent être verrouillés avant l’entretien.

Sources principales : Code du travail, articles L1232-2 à L1232-5, Service-Public, procédure de licenciement pour motif personnel, règlement (CE) n° 561/2006.

Questions fréquentes

Le délai de cinq jours ouvrables change-t-il dans le transport de marchandises ?

Non. La CCN Transports ne réduit pas le délai légal. L'entretien ne peut pas avoir lieu moins de cinq jours ouvrables après la première présentation de la lettre recommandée ou la remise en main propre de la convocation.

Faut-il détailler les faits reprochés au conducteur dans la convocation ?

La convocation indique que l'employeur envisage un licenciement. Elle n'a pas à exposer tout le dossier disciplinaire. En revanche, lorsque les faits portent sur la conduite, le chronotachygraphe ou la sécurité, le dossier probatoire doit déjà être prêt avant l'entretien.

Une mise à pied conservatoire peut-elle figurer dans la convocation ?

Oui. En cas de faute grave envisagée, la mise à pied conservatoire peut être notifiée dans la convocation ou dans un écrit séparé. Elle doit rester une mesure d'attente, justifiée par l'impossibilité de maintenir le salarié dans l'entreprise pendant la procédure.

Que faire si le conducteur est en tournée au moment de l'envoi ?

Le point décisif reste la date de première présentation de la lettre ou la remise contre décharge. L'employeur doit choisir une date d'entretien qui respecte le délai légal et laisse au salarié un vrai temps de préparation.

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