Loi seniors : l'entretien professionnel passe au rythme 1-4-8
La loi n° 2025-989 du 24 octobre 2025 refond l’entretien professionnel. L’ancien système — un entretien tous les deux ans et un bilan récapitulatif tous les six ans — est remplacé par un « entretien de parcours professionnel » organisé selon un nouveau rythme : la première année suivant l’embauche, puis tous les quatre ans, avec un bilan récapitulatif tous les huit ans. Le changement est applicable dès le 26 octobre 2025 pour les entreprises sans accord collectif en la matière.
Ce qui change
L’entretien professionnel, créé par la loi du 5 mars 2014, était organisé tous les deux ans. Chaque salarié devait en bénéficier, quel que soit son contrat et son ancienneté. Un état des lieux récapitulatif intervenait tous les six ans pour vérifier que le salarié avait bénéficié des entretiens et d’au moins une action de formation, de certification ou de progression salariale ou professionnelle.
Le nouveau dispositif allonge les cycles : l’entretien passe de deux ans à quatre ans, et le bilan récapitulatif de six ans à huit ans. En contrepartie, un entretien est désormais obligatoire dans l’année suivant l’embauche — ce qui n’existait pas auparavant. Le législateur a estimé que le rythme biennal était trop fréquent et conduisait à des entretiens formels vidés de leur substance.
Le nouveau rythme 1-4-8
Année 1 : entretien initial. L’employeur organise un premier entretien de parcours professionnel dans les douze mois suivant l’embauche du salarié. Cet entretien porte sur les perspectives d’évolution professionnelle, les compétences à développer et les souhaits de formation du salarié.
Tous les 4 ans : entretien de suivi. L’entretien de parcours professionnel est ensuite organisé tous les quatre ans. Il conserve le même objet : examiner les perspectives d’évolution, les actions de formation suivies ou envisagées, et les souhaits du salarié.
Tous les 8 ans : bilan récapitulatif. L’état des lieux récapitulatif est réalisé tous les huit ans. L’employeur vérifie que le salarié a bénéficié des entretiens prévus et d’au moins une action parmi : formation non obligatoire, certification, progression salariale ou professionnelle. Le défaut de bilan ouvre droit, dans les entreprises de 50 salariés et plus, à un abondement correctif de 3 000 € sur le compte personnel de formation du salarié.
L’entretien des 58 ans : focus fin de carrière
La loi introduit un entretien spécifique dans les deux ans précédant le 60e anniversaire du salarié. Cet entretien doit aborder les conditions de maintien dans l’emploi, les possibilités d’aménagement de fin de carrière (temps partiel, retraite progressive), les modalités de transmission des compétences et les dispositifs de transition professionnelle accessibles.
Cette innovation s’inscrit dans la logique globale de la loi seniors : préparer la fin de carrière plutôt que la subir. L’employeur n’est pas tenu d’accepter les demandes du salarié, mais il doit les examiner et formaliser sa réponse.
Le changement de nom : « entretien de parcours professionnel »
Au-delà du rythme, la loi renomme l’entretien professionnel en « entretien de parcours professionnel ». Le changement sémantique traduit une intention : l’entretien ne se limite plus à l’examen des perspectives d’évolution professionnelle dans l’entreprise. Il doit prendre en compte l’ensemble du parcours du salarié — mobilité interne, mobilité externe, reconversion, bilan de compétences, VAE.
Calendrier d’application
La loi entre en vigueur le 26 octobre 2025 pour les entreprises qui n’ont pas d’accord collectif organisant l’entretien professionnel. Les entreprises couvertes par un accord collectif (de branche ou d’entreprise) disposent d’un délai jusqu’au 1er octobre 2026 pour négocier un avenant de mise en conformité avec le nouveau cadre.
Les entretiens déjà réalisés sous l’ancien régime restent valables. Le prochain entretien est calé sur le nouveau rythme à compter de la date d’entrée en vigueur de la loi. Un salarié dont le dernier entretien date de 2024 n’aura pas besoin d’un nouvel entretien avant 2028.
Ce que l’employeur doit faire
Mettez à jour votre calendrier RH. Recalculez les échéances de chaque salarié en appliquant le rythme 1-4-8. Les outils SIRH doivent être paramétrés avec les nouveaux intervalles.
Révisez vos trames d’entretien. Le contenu de l’entretien de parcours professionnel est plus large que l’ancien entretien professionnel. Intégrez les nouvelles thématiques : mobilité interne et externe, reconversion, transmission des compétences, fin de carrière pour les salariés approchant de 60 ans.
Préparez la négociation si vous avez un accord. Si un accord collectif organise vos entretiens professionnels sur un rythme biennal, vous disposez jusqu’au 1er octobre 2026 pour le mettre en conformité. Anticipez la négociation dès maintenant pour éviter le vide juridique.
L’allongement des cycles est une bonne nouvelle pour les services RH débordés. Mais moins d’entretiens signifie des entretiens plus substantiels — l’exigence qualitative remplace l’exigence quantitative.