Aller au contenu principal
CCN 10 janvier 2025 5 min de lecture

Grilles de salaires 2025 : les branches renégocient sous la pression du SMIC

La revalorisation anticipée du SMIC de 2 % au 1er novembre 2024 a produit un effet mécanique : plus de 90 branches professionnelles se sont retrouvées avec au moins un niveau de grille inférieur au salaire minimum. La vague de renégociations qui en découle touche directement les bulletins de paie de janvier 2025.

Chaque hausse du SMIC remet les compteurs à zéro

Le SMIC est un plancher absolu. Quand il augmente, les premiers niveaux des grilles conventionnelles peuvent passer en dessous sans que la branche n’ait rien changé. C’est exactement ce qui s’est produit en novembre 2024 : la hausse de 2 % a fait basculer plus de 90 branches en non-conformité, selon les données du ministère du Travail.

La loi du 16 août 2022 (loi n° 2022-1158) a renforcé la pression sur les négociations de branche. Les organisations patronales disposent de 45 jours pour ouvrir des discussions salariales dès lors que les minima conventionnels passent sous le SMIC. Si elles ne bougent pas, les organisations syndicales peuvent prendre l’initiative dans les 15 jours suivants. Au-delà de 12 mois de non-conformité, le ministère du Travail peut engager une procédure de restructuration administrative de la branche — une menace suffisamment dissuasive pour accélérer les discussions.

La course aux avenants de fin d’année

Beaucoup de branches ont anticipé. Des avenants salaires ont été signés en novembre et décembre 2024 avec effet au 1er janvier 2025. Le commerce de détail alimentaire spécialisé, les industries et commerces en gros des viandes, les organismes de formation, la Syntec-Cinov : les exemples sont nombreux. Certains avenants sont déjà étendus par arrêté ministériel, d’autres le seront dans les semaines qui viennent.

L’extension rend l’avenant opposable à tous les employeurs de la branche, y compris ceux qui ne sont pas adhérents au syndicat patronal signataire. Avant l’extension, seuls les employeurs adhérents sont juridiquement tenus de l’appliquer. En pratique, nous recommandons d’appliquer les nouveaux minima dès leur entrée en vigueur sans attendre l’arrêté d’extension : le risque de rappel de salaire est réel, et le coût d’un contentieux prud’homal dépasse largement celui de l’anticipation.

Le vrai problème : le tassement des grilles

La mise en conformité au SMIC masque un phénomène plus préoccupant. Beaucoup de branches se contentent de relever les premiers niveaux pour les aligner sur le salaire minimum, sans toucher aux classifications supérieures. Résultat : les grilles se tassent. L’écart entre un débutant et un salarié expérimenté se réduit d’année en année.

Ce tassement crée un problème concret de gestion. Un salarié classé au niveau 3 qui constate que le niveau 1 a été rattrapé par le SMIC ne perçoit plus la reconnaissance de son ancienneté ou de sa qualification dans sa rémunération. L’enjeu n’est pas seulement juridique — il est managérial. Les entreprises qui veulent fidéliser leurs équipes doivent aller au-delà du minimum conventionnel et construire une politique salariale qui préserve les écarts entre les niveaux.

Ce que vous devez vérifier ce mois-ci

Identifiez votre convention collective et son dernier avenant salaires. Comparez les minima de chaque niveau de classification avec le SMIC en vigueur : 11,88 € brut de l’heure, soit 1 801,80 € brut mensuel pour 35 heures. Si un niveau de votre grille est inférieur, le SMIC s’applique comme plancher — aucun salarié ne peut être rémunéré en dessous, quel que soit le coefficient prévu par la convention (art. L3231-3 CT).

Vérifiez aussi que vos salaires réels respectent les nouveaux minima conventionnels, pas seulement le SMIC. Un salarié payé au minimum de sa classification doit bénéficier de la revalorisation dès son entrée en vigueur. Le rattrapage en fin d’année ne protège pas l’employeur : le salarié peut agir en rappel de salaire sur les mois écoulés, avec un délai de prescription de trois ans (art. L3245-1 CT).

SMICgrille de salairesconvention collectiveminima conventionnelsnégociation de branche

Besoin d'aller plus loin ?

Nos guides vous accompagnent pas à pas sur les sujets RH complexes

Découvrir nos guides