Emploi T2 2025 : ce que les chiffres DARES disent de la rentrée
La DARES a publié le 27 août sa note de conjoncture sur le marché du travail au deuxième trimestre 2025. Les chiffres dessinent un paysage contrasté : un chômage stable mais persistant, des salaires qui progressent en termes réels pour la première fois depuis trois ans, un intérim en timide rebond et un emploi salarié privé qui stagne. Pour les employeurs qui préparent leur rentrée, ces données permettent de calibrer la politique salariale et les recrutements de l’automne.
Le chômage se stabilise à 7,5 %
Le taux de chômage au sens du BIT s’établit à 7,5 % de la population active au deuxième trimestre 2025, stable par rapport au premier trimestre. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits en catégorie A à France Travail reste élevé — au-dessus de 2,8 millions — mais ne progresse plus. La stabilisation s’observe sur l’ensemble du territoire métropolitain, avec des écarts régionaux persistants : les Hauts-de-France et l’Occitanie restent au-dessus de 9 %, l’Île-de-France et la Bretagne en dessous de 7 %.
Le taux d’emploi des 25-49 ans atteint 83,1 %, un point haut historique. Cette donnée signale que le marché du travail absorbe les actifs en âge de travailler, malgré la stagnation de l’emploi total. Le taux d’emploi des 55-64 ans progresse également, porté par le report de l’âge légal de départ à la retraite.
Les salaires progressent plus vite que l’inflation
C’est le chiffre le plus structurant de cette publication. La croissance nominale des salaires s’établit à +2,0 % en rythme annuel au deuxième trimestre 2025. L’inflation, mesurée par l’indice des prix à la consommation, est retombée à +0,9 % sur la même période. Le gain de pouvoir d’achat réel est de +1,1 % — la première hausse significative depuis le choc inflationniste de 2022-2023.
Pour les employeurs, cette donnée a une conséquence directe sur les NAO de l’automne. Les augmentations collectives négociées au premier semestre 2025 tournaient autour de 3 % en moyenne, contre 4 % en 2024. Le ralentissement de l’inflation réduit la pression syndicale sur les revalorisations générales. Les organisations syndicales concentrent leurs demandes sur les augmentations individuelles, l’intéressement et les avantages en nature (titres-restaurant, mutuelle, forfait mobilités durables).
La modération salariale ne concerne pas tous les secteurs. Le BTP et la restauration maintiennent des niveaux d’augmentation supérieurs à la moyenne, sous l’effet de tensions de recrutement persistantes. Les métiers en tension (soudeurs, conducteurs de travaux, cuisiniers, aides-soignants) connaissent des revalorisations individuelles de 5 à 8 % pour fidéliser les compétences rares.
L’intérim rebondit légèrement
L’emploi intérimaire progresse de +0,2 % au deuxième trimestre 2025, soit environ 1 300 intérimaires supplémentaires. Le rebond est modeste — il fait suite à une baisse de -0,5 % au premier trimestre et s’inscrit dans une tendance annuelle encore négative (-3,3 % sur un an). L’industrie automobile et la logistique restent les principaux pourvoyeurs de missions.
L’intérim est un indicateur avancé de l’activité économique : les entreprises recourent à l’intérim avant d’embaucher en CDD ou en CDI. Le léger rebond du deuxième trimestre peut signaler une reprise progressive de l’activité industrielle, à confirmer au troisième trimestre. Les entreprises de travail temporaire rapportent une hausse des demandes de missions longues (supérieures à trois mois), signe que les donneurs d’ordre hésitent encore à s’engager sur des embauches fermes.
L’emploi salarié privé stagne
L’emploi salarié dans le secteur privé recule de 4 800 postes au deuxième trimestre, soit une quasi-stabilité (-0,02 %). Sur un an, la baisse atteint -0,4 %, concentrée dans l’industrie manufacturière et la construction. Les services marchands (hors intérim) continuent de créer des emplois, mais à un rythme ralenti par rapport à 2024.
Le secteur de la construction accuse le recul le plus marqué, sous l’effet de la crise du logement neuf et de la remontée des taux d’intérêt. Les carnets de commandes des artisans du bâtiment sont au plus bas depuis 2020. Les entreprises du BTP ajustent leurs effectifs par le non-remplacement des départs et la réduction de l’intérim, plutôt que par des licenciements massifs.
Ce que ces chiffres changent pour votre rentrée
Calibrez vos NAO. L’inflation à 0,9 % retire l’argument du « rattrapage du pouvoir d’achat » qui dominait les négociations de 2023-2024. Les augmentations collectives de 2,5 à 3 % sont cohérentes avec le contexte économique. Au-delà, concentrez les budgets sur les augmentations individuelles ciblées et les avantages non salariaux.
Surveillez l’intérim comme indicateur. Si le rebond se confirme au troisième trimestre, anticipez une reprise des recrutements en CDD et CDI à l’automne. Si l’intérim replonge, maintenez une posture prudente sur les embauches.
Retenez vos compétences rares. Le taux d’emploi historique des 25-49 ans signifie que le vivier de candidats disponibles est au plus bas. Les recrutements sur les métiers en tension restent difficiles et coûteux. Investissez dans la fidélisation — formation, mobilité interne, conditions de travail — plutôt que dans le remplacement.