Assurance chômage et jours fériés : deux chantiers explosifs lancés en août
Le 8 août 2025, Matignon a transmis aux partenaires sociaux deux lettres de cadrage simultanées. La première ouvre une négociation sur les règles de l’assurance chômage, avec un objectif d’économies de 2 à 2,5 milliards d’euros par an entre 2026 et 2029. La seconde propose la suppression de deux jours fériés — le lundi de Pâques et le 8 mai — pour les salariés du secteur privé, avec un gain budgétaire estimé à 4,2 milliards d’euros dès 2026. Les réactions syndicales et patronales sont unanimement hostiles.
Le volet assurance chômage
La lettre de cadrage fixe le périmètre de la négociation et le calendrier. Les partenaires sociaux ont jusqu’au 15 novembre 2025 pour conclure un accord. Les objectifs sont chiffrés : 2 à 2,5 milliards d’euros d’économies annuelles entre 2026 et 2029, puis au moins 4 milliards en régime de croisière à partir de 2030.
Trois leviers sont identifiés. Le premier porte sur les conditions d’ouverture des droits et la durée d’indemnisation. Le gouvernement souhaite que la négociation explore un durcissement des seuils d’affiliation — le nombre de mois travaillés nécessaire pour ouvrir des droits — et une réduction de la durée maximale d’indemnisation.
Le deuxième levier cible les ruptures conventionnelles. Depuis 2008, la rupture conventionnelle homologuée ouvre droit aux allocations chômage dans les mêmes conditions qu’un licenciement. Le gouvernement estime que ce dispositif génère un coût excessif pour l’assurance chômage et envisage soit une limitation de l’accès au chômage après rupture conventionnelle, soit une contribution patronale renforcée. Pour les employeurs qui recourent régulièrement à la rupture conventionnelle comme outil de gestion des effectifs, la menace est directe.
Le troisième levier est une proposition inattendue : la monétisation de la cinquième semaine de congés payés. Sur le modèle du rachat de jours de RTT, les salariés pourraient renoncer volontairement à leur cinquième semaine contre une compensation financière. Le produit de cette monétisation alimenterait les comptes de l’assurance chômage.
Le volet jours fériés
La seconde lettre de cadrage propose la suppression de deux jours fériés chômés pour les salariés du secteur privé : le lundi de Pâques et le 8 mai. Ces deux jours deviendraient des jours travaillés ordinaires, sans majoration de salaire. Le gain estimé — 4,2 milliards d’euros annuels — repose sur la production supplémentaire générée par deux jours de travail collectif.
La suppression d’un jour férié modifie la durée annuelle de travail de tous les salariés concernés. Pour un salarié à 35 heures, deux jours supplémentaires représentent 14 heures de travail annuel en plus, sans modification du salaire mensuel. L’impact sur les conventions collectives serait considérable : de nombreux accords de branche indexent des primes, des majorations ou des contreparties sur les jours fériés chômés. La métallurgie, la restauration et le commerce, notamment, prévoient des dispositions spécifiques sur le travail les jours fériés qui devraient être renégociées.
La levée de boucliers
La réaction des partenaires sociaux est venue en quelques heures. Sur l’assurance chômage, les sept organisations représentatives au niveau interprofessionnel — CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC côté syndicats, MEDEF et CPME côté patronal — dénoncent une lettre de cadrage qui impose un résultat avant même le début de la négociation. Le montant d’économies exigé est jugé « irréaliste et politiquement orienté » par la CFDT. La CGT parle de « démantèlement du filet de sécurité des salariés ». Le MEDEF et la CPME, sans s’opposer au principe d’une négociation, contestent le calendrier et le quantum des économies demandées.
Sur les jours fériés, l’opposition est encore plus tranchée. Les cinq grandes confédérations syndicales dénoncent « une volonté de revenir sur des acquis sociaux historiques ». La CFTC rappelle que le lundi de Pâques a été rendu férié en 1886 et le 8 mai en 1953, et que leur suppression serait la première réduction du nombre de jours fériés légaux depuis la Libération.
Ce que l’employeur doit anticiper
Surveillez l’issue de la négociation chômage. Si un accord est conclu avant le 15 novembre 2025 et agréé par le gouvernement, les nouvelles règles s’appliqueront dès le 1er janvier 2026. Les entreprises qui utilisent la rupture conventionnelle comme outil régulier de gestion des départs doivent évaluer l’impact financier d’un durcissement — hausse de la contribution patronale ou restriction de l’accès au chômage pour le salarié.
Ne modifiez rien sur les jours fériés. Tant qu’aucun texte n’est voté, les onze jours fériés légaux restent en vigueur (art. L. 3133-1 CT). Le lundi de Pâques et le 8 mai demeurent des jours fériés chômés, sauf dispositions conventionnelles contraires. Toute anticipation patronale serait sans base légale.
Préparez la rentrée sociale. Les négociations annuelles obligatoires de l’automne 2025 se dérouleront dans un contexte tendu. Les représentants du personnel demanderont des garanties sur les jours fériés et sur la pérennité de la rupture conventionnelle. Anticipez ces demandes dans la préparation de vos NAO.