Représentativité syndicale 2025 : les résultats et leurs conséquences pour l'entreprise
Le Haut Conseil du dialogue social a dévoilé le 8 avril 2025 les résultats du quatrième cycle de mesure de l’audience syndicale. La CFDT reste première organisation syndicale de France pour la troisième fois consécutive. La CGT recule encore. La CFE-CGC progresse nettement. La hiérarchie ne change pas, mais les écarts bougent — et les conséquences pour votre entreprise sont concrètes.
Ce que mesure la représentativité
Tous les quatre ans, les résultats des élections CSE dans les entreprises de onze salariés et plus sont agrégés au niveau national. Le scrutin des très petites entreprises (TPE, moins de onze salariés) et les élections aux chambres d’agriculture complètent le tableau. Au total, plus de 5,2 millions de suffrages exprimés sur le cycle 2021-2024 ont été comptabilisés par le Centre de traitement des élections professionnelles.
Pour être reconnue représentative au niveau national et interprofessionnel, une organisation syndicale doit recueillir au moins 8 % des suffrages exprimés. Au niveau de la branche, le seuil est identique. Au niveau de l’entreprise, il est de 10 % au premier tour des élections CSE.
Les résultats : la CFDT confirme, la CGT s’érode
Voici les scores d’audience brute (pourcentage des suffrages exprimés, toutes organisations confondues) pour le cycle 2021-2024, comparés au cycle précédent.
CFDT : 26,58 % (contre 26,77 % en 2021, −0,19 point). Première organisation depuis 2017, la CFDT se maintient au-dessus des 26 % avec une très légère érosion. Elle conserve plus de quatre points d’avance sur la CGT.
CGT : 22,21 % (contre 22,96 % en 2021, −0,75 point). La baisse est la plus forte parmi les cinq confédérations représentatives. La tendance longue est nette : −2,64 points depuis 2017. La CGT reste solidement deuxième, mais l’écart avec la CFDT se creuse à chaque cycle.
FO : 14,91 % (contre 15,24 % en 2021, −0,33 point). Force ouvrière passe sous la barre des 15 % pour la première fois. Le recul est modéré mais constant depuis trois cycles.
CFE-CGC : 12,95 % (contre 11,92 % en 2021, +1,03 point). La confédération des cadres et ingénieurs affiche la plus forte progression. Elle a gagné 2,28 points depuis 2017, portée par la montée en puissance des catégories cadres dans les entreprises.
CFTC : 9,58 % (contre 9,50 % en 2021, +0,08 point). La CFTC se maintient confortablement au-dessus du seuil de 8 %, à 1,58 point de la ligne de flottaison. Pas de suspense sur sa représentativité.
L’UNSA, à 6,45 %, progresse mais reste sous le seuil. Solidaires plafonne à 3,75 %. Aucune nouvelle organisation ne franchit la barre des 8 %.
La participation continue de baisser
Le taux de participation global s’établit à 35,56 %, contre 38,24 % en 2021 et 42,8 % en 2013. La tendance est régulière : environ deux points perdus par cycle. Le scrutin TPE, tenu en novembre-décembre 2024, reste le maillon faible avec un taux de 4,07 %.
Cette érosion ne remet pas en cause la légitimité juridique des résultats — aucun quorum n’est exigé — mais elle fragilise la légitimité politique du système de représentation.
Ce que cela change dans votre entreprise
Les scores nationaux ne déterminent pas directement la représentativité dans votre entreprise. Celle-ci se mesure à vos propres élections CSE. Mais les résultats nationaux ont trois conséquences directes.
Vos obligations d’invitation au protocole préélectoral. Lors de l’organisation de vos élections CSE, vous devez inviter à la négociation du protocole d’accord préélectoral les cinq confédérations reconnues représentatives au niveau national : CFDT, CGT, FO, CFE-CGC et CFTC. Le non-respect de cette obligation peut entraîner l’annulation du scrutin. La liste ne change pas cette année — les cinq mêmes organisations sont confirmées.
Le premier tour reste réservé aux syndicats. Seuls les syndicats affiliés à une organisation représentative au niveau national ou de branche peuvent présenter des candidats au premier tour des élections CSE. Les candidatures libres ne sont possibles qu’au second tour, si des sièges restent vacants. Les cinq confédérations représentatives conservent ce monopole de présentation au premier tour.
Les conditions de validité de vos accords collectifs. Tout accord d’entreprise doit être signé par un ou plusieurs syndicats représentatifs ayant obtenu plus de 50 % des suffrages au premier tour des élections CSE (art. L. 2232-12 CT). Si les signataires ne représentent que 30 à 50 %, un référendum auprès des salariés peut valider l’accord. Ces seuils se calculent sur la base de vos propres élections, mais la représentativité nationale détermine quels syndicats peuvent légitimement siéger à la table des négociations.
Ce que vous devez vérifier
Mettez à jour votre liste de syndicats à inviter. Si vous préparez des élections CSE dans les prochains mois, vérifiez que vos courriers d’invitation au PAP incluent bien les cinq confédérations représentatives. La liste est stable par rapport au cycle précédent — aucun ajout, aucun retrait. Mais un oubli reste un motif d’annulation.
Anticipez la négociation collective. Les résultats de vos dernières élections CSE fixent le poids de chaque syndicat dans la négociation. Un syndicat qui a obtenu 52 % au premier tour peut signer seul un accord majoritaire. Deux syndicats à 30 % et 25 % atteignent ensemble 55 %. Si vous ne savez pas quels syndicats sont représentatifs dans votre entreprise et quel est leur poids respectif, c’est le moment de refaire le calcul — avant d’ouvrir une NAO ou de négocier un accord sur le temps de travail.
Surveillez les arrêtés de branche. Les résultats présentés le 8 avril portent sur le niveau national interprofessionnel. Les arrêtés branche par branche seront publiés dans les mois qui viennent. La représentativité dans votre branche peut différer sensiblement du tableau national : une organisation non représentative au niveau national peut l’être dans votre branche, et inversement.
Le paysage syndical français évolue lentement mais régulièrement. La montée de la CFE-CGC reflète la transformation de l’emploi vers les catégories cadres. Le recul de la CGT traduit une perte d’ancrage dans le secteur privé. Pour l’employeur, ces tendances n’appellent pas d’action immédiate — mais elles dessinent le rapport de force dans lequel se dérouleront vos prochaines négociations.