Allègements de cotisations : la réduction dégressive unique en détail
Depuis le 1er janvier 2026, trois dispositifs d’allègement de cotisations patronales fusionnent en un seul mécanisme : la réduction générale dégressive unique, ou RGDU. Le décret n° 2025-1446 du 31 décembre 2025 en fixe les modalités de calcul. Derrière le changement de nom se cache une vraie refonte : nouveau plafond, nouvelle formule, nouvelles vérifications.
Ce qui disparaît
Trois dispositifs distincts coexistaient jusqu’au 31 décembre 2025. La réduction générale des cotisations patronales, dite « Fillon », s’appliquait aux rémunérations inférieures à 1,6 SMIC et couvrait un large périmètre de cotisations : assurances sociales, allocations familiales, contribution solidarité autonomie, FNAL et retraite complémentaire. Le taux réduit d’assurance maladie — 7 % au lieu de 13 % — bénéficiait aux rémunérations inférieures à 2,5 SMIC. Le taux réduit d’allocations familiales — 3,45 % au lieu de 5,25 % — s’appliquait sous 3,5 SMIC.
Chacun avait son propre seuil, sa propre logique de déclenchement et ses propres régularisations annuelles. La superposition rendait la paie complexe et créait des effets de seuil parfois brutaux : un euro de rémunération au-dessus de 1,6 SMIC supprimait d’un coup l’intégralité de la réduction Fillon.
Ce qui entre en vigueur
La RGDU unifie ces trois mécanismes en une formule unique (art. L241-13 CSS, modifié par l’art. 18 de la LFSS pour 2025, loi n° 2025-199 du 28 février 2025). La réduction est maximale au SMIC et décroît de manière continue jusqu’à un plafond fixé à 3 SMIC, soit 5 469,09 € brut mensuel sur la base d’un SMIC à 1 823,03 €.
Le coefficient maximal de réduction est de 0,3981 pour les entreprises de moins de 50 salariés et de 0,4021 pour celles de 50 salariés et plus (art. D241-7 CSS modifié). La différence tient au taux de la contribution FNAL : 0,10 % sous 50 salariés, 0,50 % au-delà.
Point clé — La RGDU maintient un plancher de réduction de 2 % pour toute rémunération strictement inférieure à 3 SMIC. Ce plancher évite l’effet de falaise qui existait avec l’ancienne réduction Fillon, où l’allègement tombait à zéro dès le franchissement du seuil de 1,6 SMIC.
Qui gagne, qui perd
Pour les salariés rémunérés au SMIC, le niveau d’allègement reste comparable à l’ancien régime. Le coefficient maximal de la RGDU (environ 40 %) est calibré pour absorber l’ensemble des réductions antérieures.
Pour les rémunérations entre 1,6 et 2,5 SMIC, le changement est globalement favorable. Ces salariés ne bénéficiaient plus de la réduction Fillon sous l’ancien régime mais conservaient le taux réduit maladie. La RGDU leur applique une réduction continue et dégressive, ce qui lisse le coût patronal.
Pour les rémunérations entre 3 et 3,5 SMIC, le changement est défavorable. Le taux réduit d’allocations familiales (3,45 %) s’appliquait jusqu’à 3,5 SMIC. La RGDU coupe tout allègement à 3 SMIC. Ces salariés perdent 1,8 point de cotisations familiales. Sur un salaire brut de 5 800 € mensuel, le surcoût patronal atteint environ 104 € par mois, soit 1 250 € sur l’année.
Les vérifications à effectuer
Nous recommandons trois contrôles avant de valider la paie de janvier. Le paramétrage du logiciel de paie doit refléter la nouvelle formule RGDU : une erreur sur le coefficient ou le seuil fausse tous les bulletins de l’exercice. Les simulations comparatives entre l’ancien et le nouveau régime sont nécessaires pour les salariés proches des anciens seuils (1,6 SMIC, 2,5 SMIC, 3 SMIC et 3,5 SMIC), car l’impact varie selon la tranche de rémunération. La régularisation annuelle de la RGDU s’effectue en décembre sur la base de la rémunération totale — anticipez le décalage de trésorerie si l’allègement mensuel est surestimé en début d’année.
Le passage à la RGDU est le changement de paie le plus structurant depuis la fusion AGIRC-ARRCO de 2019. La complexité se déplace du calcul — désormais plus lisible — vers le paramétrage initial et la vérification des premiers bulletins. Les entreprises qui gèrent la paie en interne ont intérêt à solliciter leur éditeur de logiciel pour confirmer la prise en charge du décret n° 2025-1446.