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Pratique 4 mai 2026 6 min de lecture

Jours fériés de mai 2026 : deux vendredis, un pont et la journée de solidarité

Par Farid Zidani, Directeur juridique

Mai 2026 a l’air confortable. Deux vendredis fériés, un jeudi de l’Ascension, un lundi de Pentecôte. Pour la paie, c’est moins reposant : le 1er mai n’obéit pas aux mêmes règles que les autres jours fériés, le pont du 15 mai doit être décidé proprement, et la journée de solidarité ne se règle plus par automatisme.

Le bon réflexe consiste à traiter chaque date avec son régime juridique. Un calendrier affiché dans la salle de pause ne suffit pas. Il faut une décision employeur, une vérification conventionnelle, puis une traduction paie.

Quatre dates, trois régimes

DateJourPoint de droit
1er mai 2026vendrediJour férié obligatoirement chômé, sauf activité ne pouvant être interrompue
8 mai 2026vendrediJour férié ordinaire : chômage selon accord, convention, usage ou décision employeur
14 mai 2026jeudiAscension : même régime que les fériés ordinaires
25 mai 2026lundiLundi de Pentecôte : jour férié ordinaire, parfois retenu pour la journée de solidarité

L’article L3133-1 du code du travail liste ces fêtes légales. Cette liste ne dit pas, à elle seule, si le salarié travaille ou non. Le 1er mai est à part : il est férié et chômé par la loi (art. L3133-4 CT). Les autres jours fériés sont définis par accord d’entreprise, convention ou accord de branche (art. L3133-3-1 CT).

La première vérification est donc conventionnelle. Certaines branches accordent tous les jours fériés. D’autres prévoient des conditions d’ancienneté, des majorations, ou des règles particulières pour les activités continues. Une entreprise multi-établissements peut même devoir gérer plusieurs pratiques si les usages locaux n’ont jamais été harmonisés.

Le 1er mai : la ligne rouge paie

Le 1er mai n’est pas un vendredi férié comme les autres. Par principe, le salarié ne travaille pas et sa rémunération est maintenue. L’employeur ne peut pas récupérer les heures perdues, ni poser un congé payé d’office pour neutraliser la journée.

Seules les entreprises dont l’activité ne peut pas être interrompue peuvent faire travailler des salariés le 1er mai. On pense aux soins, à l’hôtellerie, aux transports, à la sécurité ou à certaines productions continues. Dans ce cas, le salarié perçoit son salaire normal, plus une indemnité égale à ce salaire (art. L3133-6 CT). En pratique, le coût est doublé.

Le risque classique vient d’une paie qui applique une majoration conventionnelle ordinaire au lieu du régime légal du 1er mai. C’est insuffisant si le salarié travaille ce jour-là. Le bulletin doit permettre de comprendre le traitement : heures travaillées, salaire correspondant, indemnité spécifique du 1er mai. Une ligne noyée dans une prime globale rend le contrôle difficile.

8 mai, Ascension, Pentecôte : pas de majoration légale automatique

Le 8 mai, le 14 mai et le 25 mai sont des jours fériés ordinaires. S’ils sont chômés, les heures perdues ne se récupèrent pas (art. L3133-2 CT). S’ils sont travaillés, la loi ne prévoit pas de majoration générale. La majoration, lorsqu’elle existe, vient de la convention collective, d’un accord ou d’un usage.

Autre point souvent mal traité : le maintien de salaire. Le code du travail impose des conditions pour les jours fériés ordinaires, mais beaucoup de conventions collectives prévoient mieux. Il faut donc regarder la source applicable avant de paramétrer la paie. Un copier-coller du régime de l’année précédente peut suffire à créer une erreur si la branche a modifié ses dispositions.

Le lundi de Pentecôte mérite une vigilance particulière. Depuis 2008, il n’est plus automatiquement la journée de solidarité. Il peut l’être, mais seulement si les modalités applicables dans l’entreprise le prévoient.

Pont du 15 mai : choisir entre cadeau, congé et récupération

Le vendredi 15 mai 2026 se situe entre l’Ascension et le week-end. Il n’est pas férié. Si l’entreprise ferme, l’employeur doit choisir une base juridique.

Première option : le pont est offert. C’est simple, mais attention à l’usage. Une fermeture accordée plusieurs années de suite dans les mêmes conditions peut devenir un avantage dont la suppression exige une dénonciation régulière.

Deuxième option : le pont est imputé sur les congés payés. L’employeur fixe l’ordre des départs et les dates de congés, mais il ne peut pas modifier ces dates moins d’un mois avant le départ, sauf circonstances exceptionnelles (art. L3141-16 CT). Décider tardivement d’imposer un congé le 15 mai expose donc à une contestation.

Troisième option : les heures perdues sont récupérées. Le code du travail autorise la récupération du chômage d’un jour compris entre un jour férié et un repos hebdomadaire (art. L3121-50 CT). À défaut d’accord spécifique, cette récupération se fait dans les douze mois précédant ou suivant la perte des heures (art. R3121-34 CT). Elle doit être organisée clairement : dates, salariés concernés, volume récupéré, information du CSE lorsqu’il existe.

Journée de solidarité : ne la laissez pas dans le flou

La journée de solidarité correspond à une journée supplémentaire de travail non rémunérée pour le salarié et à une contribution patronale destinée au financement de l’autonomie (art. L3133-7 CT). Elle peut prendre plusieurs formes : travail d’un jour férié ordinaire, suppression d’un jour de RTT, fractionnement horaire, ou autre modalité fixée collectivement.

La loi donne la priorité à l’accord d’entreprise ou d’établissement, puis à la convention ou l’accord de branche. À défaut, l’employeur fixe les modalités après consultation du CSE lorsqu’il existe (art. L3133-8 CT). Le lundi de Pentecôte n’est donc pas une réponse par défaut. C’est une option parmi d’autres.

Le point à verrouiller est l’imputation. La journée de solidarité ne peut pas être prélevée sur les congés payés légaux. Elle doit apparaître dans un dispositif identifiable, sinon la discussion revient au moment de la paie : pourquoi sept heures travaillées ne sont-elles pas rémunérées en plus ? Sans trace écrite, la réponse employeur sera fragile.

Le contrôle utile avant la paie de mai

Nous recommandons de formaliser une note courte avant la paie de mai : régime des quatre jours fériés, décision sur le pont, traitement de la journée de solidarité, dispositions conventionnelles vérifiées. Ce document n’a pas besoin d’être long. Il doit surtout éviter que la paie, le manager et l’expert-comptable travaillent chacun avec une règle différente.

Le vrai risque n’est pas le calendrier. Le vrai risque est l’entre-deux : un pont annoncé oralement, un lundi de Pentecôte traité comme une habitude, un 1er mai payé comme un férié ordinaire. Mai 2026 se pilote bien si la règle est écrite avant le bulletin.

Veille sociale EDS signée Farid Zidani, Directeur juridique.

Sources officielles

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