Aller au contenu principal
Réforme 23 février 2026 6 min de lecture

Directive européenne sur la transparence des rémunérations : ce que l'employeur doit préparer avant juin 2026

Le 7 juin 2026 est la date limite de transposition de la directive (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations (dir. (UE) 2023/970, art. 34). Le texte ne crée pas seulement une obligation de plus : il transforme la manière dont vous recrutez, documentez vos critères de rémunération, et répondez aux questions internes sur l’égalité salariale.

Ce changement est mécanique. Lorsque l’information circule — fourchettes de salaire, critères de progression, écarts moyens par catégories — l’entreprise qui n’a pas structuré sa politique de rémunération s’expose à un double risque : la négociation au coup par coup et le contentieux.

Recrutement : la fin du salaire « selon profil »

La directive impose de fournir aux candidats des informations sur la rémunération initiale, ou sa fourchette, « sur la base de critères objectifs et non sexistes », et de le faire en amont pour permettre une négociation éclairée (dir. (UE) 2023/970, art. 5). Le cœur du dispositif est simple : vous ne pouvez plus attendre la fin du process pour dévoiler le budget.

Exemple — Vous recrutez un gestionnaire paie. La fourchette (32–36 k€) correspond à deux niveaux internes : niveau 1 (portefeuille simple, supervision) et niveau 2 (autonomie, multi-CCN, paramétrage). La transparence fonctionne quand la fourchette est justifiable, pas improvisée.

Cette obligation n’est pas qu’un sujet de conformité. Elle oblige à clarifier ce que vous rémunérez réellement : le niveau de classification conventionnelle, l’expérience, les compétences rares, la dimension managériale, la pénibilité, l’astreinte. Une offre qui annonce « rémunération attractive » sans cadre devient un piège, parce qu’elle reporte la décision au dernier échange — exactement là où les écarts injustifiés naissent.

La directive interdit aussi de demander aux candidats leur historique de rémunération (dir. (UE) 2023/970, art. 5). Les questionnaires de préqualification, les formulaires ATS et les scripts d’entretien doivent être nettoyés. La question « vous étiez à combien ? » devient un risque juridique inutile, alors qu’elle est souvent posée par réflexe.

Transparence interne : droit à l’information et clause de confidentialité hors-jeu

La directive crée un droit individuel à l’information. Un salarié peut demander son niveau de rémunération et les niveaux moyens, ventilés par sexe, pour les travailleurs effectuant le même travail ou un travail de même valeur (dir. (UE) 2023/970, art. 7). Vous devez répondre « dans un délai raisonnable et en tout état de cause dans les deux mois ».

Ce point change votre gestion quotidienne. L’obligation ne vise pas seulement les grandes entreprises : elle crée un standard. Répondre en deux mois suppose d’avoir, en amont, des catégories comparables, des critères explicites, et des données paie exploitables.

La directive impose aussi que les critères utilisés pour déterminer les rémunérations et leur progression soient facilement accessibles aux travailleurs (dir. (UE) 2023/970, art. 6). Un système oral, porté par deux managers « qui savent », ne survivra pas à ce niveau de transparence.

La directive neutralise en pratique les clauses de confidentialité qui interdisent de parler salaire : vous ne pouvez pas empêcher vos salariés de communiquer leur rémunération aux fins de l’application du principe d’égalité de rémunération (dir. (UE) 2023/970, art. 7). C’est un basculement culturel autant que juridique. Les entreprises qui ont un système lisible (grilles internes, critères écrits, écarts justifiés) traverseront ce basculement sans bruit. Les autres découvriront leurs incohérences à l’occasion d’une demande individuelle.

Point clé — La transparence ne se gère pas avec un « élément de langage ». Elle se prépare avec des critères de rémunération écrits, opposables et appliqués de manière cohérente.

Reporting : des seuils, un calendrier, et un déclencheur à 5 %

La directive impose un reporting sur les écarts de rémunération selon la taille de l’entreprise (dir. (UE) 2023/970, art. 9). Le calendrier est progressif, mais il commence vite.

250 salariés et plus : reporting annuel, avec une première publication au plus tard le 7 juin 2027.
150 à 249 salariés : reporting tous les trois ans, à partir du 7 juin 2027.
100 à 149 salariés : reporting tous les trois ans, mais avec une première échéance au 7 juin 2031.

Le texte prévoit surtout un mécanisme d’audit : si vous constatez un écart moyen d’au moins 5 % dans une catégorie de travailleurs, que vous ne pouvez pas justifier par des critères objectifs et non sexistes, et que vous ne corrigez pas dans les six mois, vous basculez dans une « évaluation conjointe des rémunérations » avec les représentants des salariés (dir. (UE) 2023/970, art. 10).

Autrement dit : le reporting n’est pas décoratif. Il sert à déclencher un processus formalisé quand l’écart persiste.

Ne confondez pas avec l’index égalité professionnelle

En France, beaucoup d’employeurs raisonnent déjà avec l’index égalité femmes-hommes et Egapro. La directive va plus loin sur trois points : la transparence au recrutement, le droit individuel d’accès à l’information, et la logique de « même valeur » qui vous oblige à comparer des postes au-delà des intitulés.

L’effet concret est une montée en gamme attendue des méthodes de classification et d’évaluation des postes. Une CCN vous donne une structure. Elle ne suffit pas, à elle seule, à expliquer tous les écarts de rémunération dans l’entreprise. La directive pousse à documenter ce qui se passe entre le minimum conventionnel et le salaire réellement versé.

Plan d’action 2026 : ce qui se verrouille avant la transposition

Vous n’avez pas besoin d’attendre le texte français pour travailler. Les exigences minimales sont déjà écrites dans la directive. Le chantier est RH, paie et management.

Commencez par cadrer votre politique de rémunération : catégories de postes, fourchettes par niveau, critères d’entrée et de progression. Alignez ce cadrage avec vos classifications conventionnelles, et identifiez les zones où « le marché » a pris la main sans règles explicites.

Ensuite, mettez à jour votre recrutement : chaque offre doit avoir une fourchette, chaque entretien doit suivre un script propre, chaque formulaire doit supprimer la question sur l’historique de salaire. Ce sont des modifications simples, mais elles évitent des erreurs coûteuses.

Enfin, préparez le dispositif de réponse aux demandes internes. La directive impose un délai de deux mois : vous devez savoir qui répond, avec quelles données, et dans quel format. Un processus flou produit des réponses incohérentes — et une réponse incohérente produit un dossier prud’homal.

Si vous voulez une ligne directrice unique, retenez celle-ci : la transparence ne pardonne pas les exceptions silencieuses. Quand un manager négocie « hors cadre » pour aller vite, il crée un précédent que la directive rend visible.

Nous intégrons ce chantier dans nos audits RH : cadrage des fourchettes, documentation des critères, préparation du reporting et des réponses internes. Pour en parler : Accompagnement RH premium.

transparence salarialedirective UE 2023/970égalité salarialerecrutementfourchette de salaire

Besoin d'aller plus loin ?

Nos guides vous accompagnent pas à pas sur les sujets RH complexes

Découvrir nos guides